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dossier sur Le mal-être parental

Dernière mise à jour : 27 déc. 2022


Suite aux deux projections de "j'ai mal à ma maternité" en juin passé dans la région de Perpignan, le Réapp66* a fait un dossier sur "Le mal-être parental – Des pères et des mères en souffrance".

Voici le texte en intégralité.


On peut le trouver en libre accès sur leur site: https://parents-pros66.fr/.../06/16/la-lettre-des-parents-2/


Merci à Alice Pézé, coordinatrice du Réapp, qui a permis que cette lettre sur le sujet délicat du mal-être parental voit le jour.


*Réapp66=Réseau d'écoute, d'appui et d'accompagnement des Parents dans le département 66 en France (CAF)


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texte de Marie Betbèze, extrait de La lettre des parents 66, novembre 2022, N°37


Mettre au monde un enfant, cela ne va pas de soi.


Ce n'est pas parce que depuis l'aube des temps des femmes accouchent que cette expérience est simple et évidente. C'est une aventure. Avec des rêves, des projections qui viennent se cogner à la réalité. L'enfant rêvé ne ressemblera pas à ce qu'on imaginait, l'accouchement non plus, et les soignant.e.s qui encadrent cet événement ne seront pas toujours bienveillant.e.s et à l'écoute. On tend la main pour ne trouver que le vide parfois (l'hôpital et les soignant.e.s vont mal aussi).


Devenir parent a quelque chose de l'ordre de la crise d'adolescence, qui met en jeu son identité, car on passe de sa place d'enfant à celle de parent. Un changement de statut qui n'est pas insignifiant, même s'il est commun. Beaucoup d'émotions surgissent. Parfois aussi, l'amour qu'on s'imaginait vivre avec son enfant n'est pas immédiat. Il se construit pas à pas, s'il ne se ressent pas d'emblée dans sa chair.


Mettre au monde c'est banal, pourtant il n'y a que des histoires de maternité ou de paternité, et ce n'est pas anodin. Cela arrangerait bien tout le monde que cela soit policé, se mette bien dans les cases, pourtant c'est une situation hors-norme. Chacun.e vivra une expérience totalement unique et personnelle ; pour autant, c'est en parler qui fera le plus de bien, tout autant que d'être écouté avec empathie. Nos pétages de plomb, nos envies étranges, nos pulsions, nos sentiments ambivalents ne peuvent pas s'exprimer. C'est pourquoi ressentir des émotions négatives crée le sentiment de se sentir un « monstre ». Parce qu'on se croit seul.e à vivre cela. Pourtant ce qui est monstrueux, c’est de ne pas parler. Parler, c'est digérer, c'est mettre à distance.


Il faut que nos soignant.e.s écoutent, que les familles aiguisent leurs antennes, et détectent le mal-être sous les mots durs qui surgissent, souvent entre deux choses anodines, pour aider, soutenir, sans juger.


Il y a la question du relais aussi. La fatigue est souvent en cause quand le mal-être s'installe. Il faut pouvoir dormir, se nourrir, satisfaire ses propres besoins de base, pour s'occuper d'un petit autre. L'amour ne suffit pas pour faire bien, pour faire du bien. Les mamans qui vivent une difficulté maternelle ont peu de ressources, elles sont surprises, asservies dans un quotidien qui les avale, les broie. Plus le temps de faire pipi, de prendre une douche, plus le temps de manger ou de dormir, dans un état de vigilance permanent. La mère se sent cette obligation morale d'être au service total de l'enfant, sans quoi elle culpabilise. « Mauvaise mère… » entend-elle. Il faut se rappeler que l'enfant n'a besoin que d'une « mère suffisamment bonne », de contact, de chaleur, de sécurité, mais pas d’une maison rangée au carré.


La perfection n'est pas humaine. La mère ne doit pas être toute puissante, comme semble en attendre tout un chacun. S'occuper d'un enfant, ce n'est pas des vacances, ce n'est pas un congé, c'est un déploiement d'énergie psychique intense. Et peu de femmes ont des relais, elles deviennent ou doivent devenir tout à elles seules. Une mère a intégré très tôt le principe de devoir être la seule à devoir tout donner. Donner de son corps avec la grossesse, avec l'accouchement, avec l'allaitement. Et puis, elle croit devoir continuer de faire « comme avant » alors que « l'après » n'a plus rien à voir. Aujourd'hui les femmes sont encore trop souvent seules, seules avec leurs questions, leurs doutes, avec un compagnon qui retourne travailler bien trop vite, qui n’a pas le temps d’apprendre à connaître son enfant, et ne vit pas la vie de parent au quotidien. Il est « out », souvent malgré lui.


Une femme sur six vit une « dépression post-partum » (DPP), nous n'avons pas de chiffre pour les pères. Cela concerne aussi les parents adoptants. La DPP touche toutes les franges de la population, et son état de « gravité » se mesure sur un large spectre (de la plus bénigne, en passant par la profonde dépression, jusqu'à la psychose puerpérale qui implique une prise en charge psychiatrique).


La question n'est pas forcément « comment éviter cela ? », de mettre un effort sur un dépistage en amont qui reste très difficile à mettre en place, puisqu'il n'y a pas de parcours « normalisé » « prévisible » qui amène à vaciller ou sombrer. C'est plutôt une question d'accompagnement « vrai ». Comment être un bon.ne accompagnant.e quel que soit le niveau où l'on se situe (compagnon.e, famille, ami, professionnel)?


La traversée peut être rude, parfois il faut en passer par là. L'accompagnement permet que cela se fasse sans trop de dommage, mais l'idée n'est pas de l'empêcher. Les femmes qui ont témoigné pour mon film l'ont toutes dit, nous sommes tou.te.s légitimes d'appeler à l'aide, et aussi dure soit-elle, cette épreuve nous a rendu plus humaines au fond.


Critiquer les mères ou les pères ne les aidera pas, les juger non plus.

Soyons doux et douces les uns envers les autres.


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