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dossier sur Le mal-ĂȘtre parental

  • Photo du rĂ©dacteur: admin
    admin
  • 21 dĂ©c. 2022
  • 4 min de lecture

DerniÚre mise à jour : 27 déc. 2022


Suite aux deux projections de "j'ai mal Ă  ma maternitĂ©" en juin passĂ© dans la rĂ©gion de Perpignan, le RĂ©app66* a fait un dossier sur "Le mal-ĂȘtre parental – Des pĂšres et des mĂšres en souffrance".

Voici le texte en intégralité.


On peut le trouver en libre accĂšs sur leur site: https://parents-pros66.fr/.../06/16/la-lettre-des-parents-2/


Merci Ă  Alice PĂ©zĂ©, coordinatrice du RĂ©app, qui a permis que cette lettre sur le sujet dĂ©licat du mal-ĂȘtre parental voit le jour.


*Réapp66=Réseau d'écoute, d'appui et d'accompagnement des Parents dans le département 66 en France (CAF)


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texte de Marie BetbÚze, extrait de La lettre des parents 66, novembre 2022, N°37


Mettre au monde un enfant, cela ne va pas de soi.


Ce n'est pas parce que depuis l'aube des temps des femmes accouchent que cette expĂ©rience est simple et Ă©vidente. C'est une aventure. Avec des rĂȘves, des projections qui viennent se cogner Ă  la rĂ©alitĂ©. L'enfant rĂȘvĂ© ne ressemblera pas Ă  ce qu'on imaginait, l'accouchement non plus, et les soignant.e.s qui encadrent cet Ă©vĂ©nement ne seront pas toujours bienveillant.e.s et Ă  l'Ă©coute. On tend la main pour ne trouver que le vide parfois (l'hĂŽpital et les soignant.e.s vont mal aussi).


Devenir parent a quelque chose de l'ordre de la crise d'adolescence, qui met en jeu son identitĂ©, car on passe de sa place d'enfant Ă  celle de parent. Un changement de statut qui n'est pas insignifiant, mĂȘme s'il est commun. Beaucoup d'Ă©motions surgissent. Parfois aussi, l'amour qu'on s'imaginait vivre avec son enfant n'est pas immĂ©diat. Il se construit pas Ă  pas, s'il ne se ressent pas d'emblĂ©e dans sa chair.


Mettre au monde c'est banal, pourtant il n'y a que des histoires de maternitĂ© ou de paternitĂ©, et ce n'est pas anodin. Cela arrangerait bien tout le monde que cela soit policĂ©, se mette bien dans les cases, pourtant c'est une situation hors-norme. Chacun.e vivra une expĂ©rience totalement unique et personnelle ; pour autant, c'est en parler qui fera le plus de bien, tout autant que d'ĂȘtre Ă©coutĂ© avec empathie. Nos pĂ©tages de plomb, nos envies Ă©tranges, nos pulsions, nos sentiments ambivalents ne peuvent pas s'exprimer. C'est pourquoi ressentir des Ă©motions nĂ©gatives crĂ©e le sentiment de se sentir un « monstre ». Parce qu'on se croit seul.e Ă  vivre cela. Pourtant ce qui est monstrueux, c’est de ne pas parler. Parler, c'est digĂ©rer, c'est mettre Ă  distance.


Il faut que nos soignant.e.s Ă©coutent, que les familles aiguisent leurs antennes, et dĂ©tectent le mal-ĂȘtre sous les mots durs qui surgissent, souvent entre deux choses anodines, pour aider, soutenir, sans juger.


Il y a la question du relais aussi. La fatigue est souvent en cause quand le mal-ĂȘtre s'installe. Il faut pouvoir dormir, se nourrir, satisfaire ses propres besoins de base, pour s'occuper d'un petit autre. L'amour ne suffit pas pour faire bien, pour faire du bien. Les mamans qui vivent une difficultĂ© maternelle ont peu de ressources, elles sont surprises, asservies dans un quotidien qui les avale, les broie. Plus le temps de faire pipi, de prendre une douche, plus le temps de manger ou de dormir, dans un Ă©tat de vigilance permanent. La mĂšre se sent cette obligation morale d'ĂȘtre au service total de l'enfant, sans quoi elle culpabilise. « Mauvaise mĂšre
 » entend-elle. Il faut se rappeler que l'enfant n'a besoin que d'une « mĂšre suffisamment bonne », de contact, de chaleur, de sĂ©curitĂ©, mais pas d’une maison rangĂ©e au carrĂ©.


La perfection n'est pas humaine. La mĂšre ne doit pas ĂȘtre toute puissante, comme semble en attendre tout un chacun. S'occuper d'un enfant, ce n'est pas des vacances, ce n'est pas un congĂ©, c'est un dĂ©ploiement d'Ă©nergie psychique intense. Et peu de femmes ont des relais, elles deviennent ou doivent devenir tout Ă  elles seules. Une mĂšre a intĂ©grĂ© trĂšs tĂŽt le principe de devoir ĂȘtre la seule Ă  devoir tout donner. Donner de son corps avec la grossesse, avec l'accouchement, avec l'allaitement. Et puis, elle croit devoir continuer de faire « comme avant » alors que « l'aprĂšs » n'a plus rien Ă  voir. Aujourd'hui les femmes sont encore trop souvent seules, seules avec leurs questions, leurs doutes, avec un compagnon qui retourne travailler bien trop vite, qui n’a pas le temps d’apprendre Ă  connaĂźtre son enfant, et ne vit pas la vie de parent au quotidien. Il est « out », souvent malgrĂ© lui.


Une femme sur six vit une « dépression post-partum » (DPP), nous n'avons pas de chiffre pour les pÚres. Cela concerne aussi les parents adoptants. La DPP touche toutes les franges de la population, et son état de « gravité » se mesure sur un large spectre (de la plus bénigne, en passant par la profonde dépression, jusqu'à la psychose puerpérale qui implique une prise en charge psychiatrique).


La question n'est pas forcĂ©ment « comment Ă©viter cela ? », de mettre un effort sur un dĂ©pistage en amont qui reste trĂšs difficile Ă  mettre en place, puisqu'il n'y a pas de parcours « normalisĂ© » « prĂ©visible » qui amĂšne Ă  vaciller ou sombrer. C'est plutĂŽt une question d'accompagnement « vrai ». Comment ĂȘtre un bon.ne accompagnant.e quel que soit le niveau oĂč l'on se situe (compagnon.e, famille, ami, professionnel)?


La traversĂ©e peut ĂȘtre rude, parfois il faut en passer par lĂ . L'accompagnement permet que cela se fasse sans trop de dommage, mais l'idĂ©e n'est pas de l'empĂȘcher. Les femmes qui ont tĂ©moignĂ© pour mon film l'ont toutes dit, nous sommes tou.te.s lĂ©gitimes d'appeler Ă  l'aide, et aussi dure soit-elle, cette Ă©preuve nous a rendu plus humaines au fond.


Critiquer les mĂšres ou les pĂšres ne les aidera pas, les juger non plus.

Soyons doux et douces les uns envers les autres.



 
 
 

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